Aller au contenu principal
Pr TRAORE

Pr Adama TRAORE est le 2e médecin Dermatologue du Burkina. Après l’obtention de son baccalauréat en 1976, il entre à l’université Cheick Anta DIOP de Dakar pour ses études de médecine générale et de spécialisation. Il devient Docteur d’Etat en médecine en 1988 et médecin dermatologue en 1991, après un cursus d’internat et après des stages en France pour aguerrir ses connaissances. Il revient au pays et est intégré dans la fonction publique après un certain temps et débute aussi une carrière hospitalo-universitaire. Bien que jeune à l’époque, il a mérité la confiance des responsables de la faculté qui lui ont donné l’enseignement de la Dermatologie. Dr TRAORE en son temps veillait donc à bien réussir cette mission et surtout voulait assurer la relève. Il devient Pr Agrégé en 2000 à Yaoundé et Professeur Titulaire en 2005. Chef de service de Dermatologie, vénéréologie et d’allergologie du CHU Yalgado Ouédraogo, Pr Adama TRAORE a voulu faire la dermatologie pour rendre hommage à ses patrons de Dakar qui ont assuré sa formation et aussi parce qu’il a été séduit lors des stages par ce qui se passait dans le service de dermatologie, notamment la discipline et l’engagement de l’ensemble du personnel. Dans la rubrique ’’Chez nous Médecins’’ consacrée aux pionniers de spécialités, nous avons rencontré cette semaine Pr Adama TRAORE, ‘’un Baobab’’ de la dermatologie au Burkina pour revivre cette époque.

 

Presse et Communication du CNOMB : nous savons que vous êtes l’un des pionniers de la dermatologie au Burkina Faso, quels étaient les sentiments qui vous animaient à l’époque Professeur ?

Pr Adama TRAORE : quand je suis arrivé, c’était la lenteur administrative. On était deux en réalité. Je suis un des pionniers. Je voudrais rendre hommage à mon grand frère qui n’est malheureusement plus de ce monde, le Dr SAWADOGO Oumarou. Nous avons pratiquement fini la spécialité en même temps, mais lui était déjà médecin généraliste avant d’aller pour la spécialisation. Je suis rentré en tant que spécialiste, il fallait que je suive le processus de recrutement avant d’intégrer la fonction publique. Je suis un des pionniers, mais le véritable pionnier c’est le Dr SAWADOGO Oumarou. Pour vous raconter, deux sentiments m’animaient à cette période : le 1er sentiment c’est la fierté. On vient dans son pays, on se rend compte que la spécialité qu’on a choisi n’est pas connue et qu’on constitue l’un des pionniers, c’est une fierté. Le 2e sentiment c’est un sentiment d’appréhension, un sentiment de  est-ce que je serai à la hauteur ? Non seulement faire connaître ce qu’on a appris, mais également comment attirer l’attention des pouvoirs publics et  l’ensemble de ses confrères. Le pionnier n’est vraiment bon pionnier que quand il permet à d’autres personnes ou favorise la venue d’autres personnes autour de lui pour que toute la famille s’agrandisse et que les médecins trouvent que c’est une spécialité intéressante. Ce sont ces deux sentiments qui m’animaient, la fierté et le sentiment d’appréhension et de comment faire pour être à la hauteur de cette tâche.

Comment c’était à l’époque en matière d’organisation ?

La première fois que nous avons commencé la consultation à Yalgado, nous étions dans un seul bureau. Tout le service se résumait à un seul bureau qui était face à la tombe actuelle de Yalgado. Nous nous relayions pour la consultation Dr SAWADOGO et moi. Dr SAWADOGO avait deux à trois jours de consultation, parce qu’il exerçait également à la Trypano ; moi je venais pratiquement tous les jours et on exerçait ainsi notre art en médecine externe et on hospitalisait également.  L’activité externe était énorme, je ne limitais pas de malades, les gens venaient à 2h du matin pour poser des pierres, mais je disais toujours, tant que je suis là, je travaille du matin au soir jusqu’à ce que je finisse les malades qui viennent.  Par la suite, quand il y a eu des réfections, on nous a affecté deux bureaux à l’étage des maladies infectieuses et on est resté là-bas pendant un à deux ans où on continuait à faire notre art. Mais ça avait déjà changé, puisqu’on nous avait déjà donné trois bureaux, un bureau des infirmiers, un bureau où on avait les dossiers et un bureau où on faisait les consultations. On hospitalisait les gens dans les salles d’hospitalisation des maladies infectieuses. Quand nous étions dans le bureau  en face de la tombe, c’est chez Pr DRABO que j’avais demandé l’autorisation pour qu’il nous accorde un lit en cas d’hospitalisation. On était deux médecins avec une seule infirmière. Au service des maladies infectieuses, on profitait des lits du service pour nos hospitalisations. Quand je suis arrivé, c’est Dr SAWADOGO qui était le Chef de Service, il est resté un ou deux ans, ensuite il a souhaité repartir exercer à la Trypano et c’est en ce moment que j’ai été nommé Chef de Service. Nous sommes arrivés dans le service actuel pratiquement en 2003-2004, à partir des maladies infectieuses.

2e Dermatologue du Burkina, comment vivez-vous ce privilège ?

Je pense que c’est toujours avec plusieurs sentiments. Je crois que le premier sentiment est qu’on est quand même fier. Je suis sûr que si on est pionnier, il y a une certaine fierté, ça veut dire que vous avez assez bien réfléchi, vous avez fait votre choix et  vous allez rendre service à votre pays. C’est quand même un gros privilège. L’autre sentiment, c’est se dire que c’est une grosse charge, ça veut dire qu’il y a un travail au-delà de sa propre personne qu’il faut faire, ce sentiment jusqu’à présent m’habite parce qu’on doit se poser des questions, quand on est pionnier, on doit se retourner pour voir, est-ce qu’on draine toujours des confrères avec soi, est-ce qu’on participe à ce que les confrères aient une bonne carrière comme vous avez eu la chance d’en avoir, est-ce qu’on fait des émules, est-ce que véritablement la relève est assurée ?

Quelle a été votre stratégie pour attirer des Médecins dans votre Spécialité ?

Comme je vous le disais, un pionnier, son souci majeur c’est de bien faire connaître son projet pour lequel il est pionnier mais surtout de faire grandir ce projet, donc le sentiment de fierté, très vite est rattrapé par le devoir de faire connaître et de pouvoir inciter des gens qui vont s’engager dans le métier. Je pense qu’on a procédé d’abord par l’exemple, nous avons pensé que ce qui était important, c’est que dans un premier instant, nos patients puissent nous citer comme référence pour plusieurs raisons : on arrivait régulièrement à l’heure, on ne partait que quand on avait fini de voir les malades, on ne limitait pas de nombre de malades, on communiquait énormément avec les malades. Je pense que cette politique a permis que les gens se disent que c’est un service qui voyait les choses autrement, non seulement les malades mais également les étudiants en médecine par le fait que j’avais commencé également à enseigner à l’université. Ma façon de faire, c’est que je devais donner un bon exemple de sorte à ce que les gens trouvent que la dermatologie est une bonne spécialité, que ça permet de faire de très bons diagnostics et la manière d’enseigner est très bonne. Du côté de la population, il fallait travailler pour faire connaître la dermatologie, du côté des autorités aussi et surtout du côté des étudiants en médecine et des médecins, pour qu’ils sachent que la dermatologie ce n’est pas simplement une prescription de pommade.  Je dis que si c’était rien que ça, faire des études jusqu’au CM2 suffirait largement, donc nous avons démontré que c’était une très bonne spécialité et transversale qui pouvait rendre énormément service. Nous rappelions régulièrement que quand on regarde les statistiques du ministère de la santé, les problèmes de peau, des plaies et tout ce qui concerne la peau, viennent toujours en 4e position.  Je disais aux gens, quand choisissant  cette spécialité, ils allaient surement être utiles à la population, parce que la 4e cause de demande de soins dans nos formations sanitaires, reste les problèmes de peau. Voilà comment nous avons procédé pour que progressivement les gens s’intéressent à la spécialité. Ce que nous avons fini par faire aussi, c’est de créer un environnement où on peut faire la spécialisation sur place, c’est fondamental.  A partir de 2008, nous avons mis en place la formation de la dermatologie avec l’accompagnement de tous les confrères, ça booster et ça permis donc que le ministère puisse prendre appui par rapport à ces objectifs dans les différentes régions. Je pense que ça permet également de former beaucoup de dermatologistes.

Aujourd’hui, on a de plus en plus de médecins dermatologues, comment vivez-vous cette éclosion ?

Cette éclosion est une fierté parce que comme je vous l’ai dit, le 2e sentiment qui est de se dire est ce qu’on va être à la hauteur, ce sont ces résultats qui prouvent qu’on le veuille ou pas, en tout cas, ceux qui ont embrassé ce métier, dans ce pays pour la première fois semblent avoir fait un bon travail. La relève est assurée, c’est le 1er élément. Le 2e élément quand on est 1, ensuite 2, une trentaine bientôt, on se dit qu’à heure actuelle, on a apporté un peu plus la dermatologie à côté de la population.  Comme vous le savez, le rêve de tous ceux qui soignent, c’est que ça permette aux populations d’avoir accès ne ce reste que géographiquement sa propre spécialité. Je pense que c’est une fierté. Pour moi, plus le nombre va augmenter, plus je serai sûr que tous les objectifs seront atteints par rapport à la couverture nationale en dermatologie et que les populations ne vont plus souffrir de grosses maladies, parce qu’il y a un dermatologue qui n’est pas là.

Des conseils particuliers pour les jeunes ?

Je crois que le premier conseil, c’est de leur dire que la dermatologie est une spécialité merveilleuse. J’ai l’habitude de dire aux étudiants que le dermatologue peut vous dire dans les jours à venir que vous risquez d’avoir une crise cardiaque. Je  dis aussi aux cardiologues, nous avons la capacité de voir notre organe, nous avons la capacité de toucher notre organe, nous avons la capacité de sentir notre organe. Quand il y a une modification, ça permet même de faire des diagnostics et on est capable de vous dire, la peau est malade de telle façon parce que le rein ne va pas bien, parce que le cœur ne va pas bien.  Dites-moi quelle peau vous avez et je pourrai vous dire quel est l’état de santé de vos organes internes.  Je pense que véritablement c’est ça à mon avis qui est l’élément le plus important. Je voudrais appeler l’ensemble des jeunes médecins à embrasser la carrière de dermatologue, c’est vraiment une spécialité où on fait de grands diagnostics non seulement de la peau malade, mais également on permet à l’ensemble des organes internes de reconnaître qu’il y a une maladie et de faire un diagnostic de manière précoce et de prendre en charge.  Ce qui va prolonger la vie des populations.

Presse et communication du CNOMB

 

Ajouter un commentaire